
Le cinéma exige énormément
de précision et de souplesse dans la création des
masques et des costumes, contrairement au théâtre
qui, lui, est une illusion. Depuis que je travaille pour la publicité,
j'ai découvert que je m'intéressais de plus en plus à la
conception et aux idées.
Elle ressemble moins à une dame belette qu'à une
petite souris. Sans doute parce que son métier exige autant
de talent que de patience: Vin Burnham crée des costumes
et des masques simulant des animaux ou des créatures fantastiques
pour la publicité et le cinéma.
Une spécialité ultra-technique: On ne peut pas
imaginer à quel point la fabrication des masques est délicate, dit-elle,
se lançant dans un exposé détaillé sur
les conséquences du rétrécissement à la
cuisson de la mousse de latex. Prenez Batman: il a fallu
que nous fassions plus de vingt moules avant d'obtenir un résultat
satisfaisant! Un travail d'orfèvre ... et aussi d'alchimiste
car il faut doser la composition du latex selon des proportions
.... jalousement gardées. Quoi? You did Batman? Oui, dit-elle
simplement, sans doute ravie du succès du film .... mais
apparemment un peu déçue de ne pas avoir créé elle-même
le design du masque et du costume. Car s'il y a une chose qui
intéresse cette moitié d'Anglaise et d'Écosseaise
vivant à Londres, c'est bien la création. Une passion
qui l'a conduite en 1974 à claquer la porte du très
réputé Royal Opera House de Covent Garden ou elle était
connue comme costumière et suivant la morale du lieu,
destinée à le rester.
Free-lance, elle a donc fondé son agence, et s'est lancée
sur les plateaux de cinéma, s'exposant à tous les
vents, pour réaliser un véritable bestiaire de créatures
en tout genre. Il y a deux ans, elle a commencé à faire
ses premiers pas dans la publicité, lâchant du même
coup le théâtr: J'aime beaucoup travailler pour
la pub car il n'y a pas de barrières à la créativité et
on me juge sur pièces.
Ainsi, pour Airwick, elle a réalisé une souris,
une chatte, une lapine et un pivert avec des masques en fourrure
très sophistiqués. Habillés "rêve" comme
la chatte en crinoline, ou bien "dérision" comme
la petite lapine sixties, on les croirait échappés
d'un conte de fées.
Capable aussi bien de déguiser un homme d'affaires en ange
gardien ou en énorme poule cocasse, sa spécialité reste
le design de créatures de fantaisie: des êtres à la
frontière du réel et de l'imnaginaire. Ce sont
des personnages authentiques, doues d'une personnalité;
je ne me borne pas à leur fabriquer un déguisement, souligne
Vin Burnham, qui puise son inspiration dans la nature et les formes
classiques. Comme pour Aslan, le lion dedette d'une série
pour les enfants sur la BBC, "The Chronicles of Narnia".
Il bouge, parle, cligne des paupières et pleure: un authentique
roi des animaux. Pourtant sa tête est en mousse de latex
et recouverte d'une fine pellicule de poils de bœuf; sa crinière
est en yack, sa barbe en cheval et en porc, ses cils viennent d'un
blaireau. L'intérieur de son crâne ressemble à la
cabine de pilotage d'un jumbo jet, ajoute Vin qui a mis trois
mois avec une équipe de vingt artistes, sculpteurs, modélistes
et experts de toutes sortes pour venir à bout de la bête
(coûtant au bas mot le prix d'une Porsche). Le seul plaisir
pour moi a été de sculpter la tête dans de
la terre glaise, conclut-elle. Quand la petite souris accouche
d'un éléphant...
Marianne Vermersch
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